Les guêpes Polistes : des auxiliaires naturels prometteurs

Certains d’entre vous sont confrontés à la présence de guêpes dans les nichoirs et les gîtes installés sur les parcelles. Nous avons recueilli des informations très prometteuses sur ces hyménoptères du genre Polistes, qui ne peuvent pas être réduits à de simples « indésirables ». Voici ci-dessous un article qui présente leur capacité à être des auxiliaires de culture, majoritairement pacifiques.

Les guêpes Polistes : des auxiliaires naturels prometteurs pour la régulation des ravageurs en viticulture et en arboriculture

La réduction des intrants phytosanitaires constitue aujourd’hui un enjeu majeur en agriculture. En viticulture comme en arboriculture fruitière, de nombreux ravageurs appartiennent à l’ordre des Lépidoptères, notamment les tordeuses de la vigne (Lobesia botrana, Eupoecilia ambiguella) ou la Tordeuse orientale du pêcher (Grapholita molesta). Ces insectes peuvent provoquer des pertes de rendement importantes et nécessitent souvent des traitements répétés. Dans ce contexte, l’utilisation d’auxiliaires naturels représente une voie prometteuse pour renforcer la régulation biologique des ravageurs. Parmi eux, les guêpes sociales du genre Polistes suscitent un intérêt croissant.

Des prédateurs spécialisés de chenilles

Plusieurs études montrent que les guêpes Polistes sont des prédateurs efficaces de chenilles. Les analyses de régime alimentaire indiquent que 70 à 90 % des proies capturées par les adultes pour nourrir leurs larves sont des Lépidoptères (Clapperton, 1999 ; Stamp & Bowers, 1988). Les ouvrières chassent individuellement et recherchent des chenilles exposées sur la végétation, qu’elles capturent en les mordant puis en les ramenant au nid pour nourrir le couvain.

Les proies appartiennent principalement à différentes familles de papillons ravageurs, notamment les Pieridae, Noctuidae, Geometridae ou Crambidae (Clapperton, 1999). Ces familles comprennent de nombreux ravageurs agricoles. Les Polistes sélectionnent préférentiellement des chenilles de taille intermédiaire (environ 8 à 15 mm) correspondant aux stades larvaires L2 à L4, qui sont les plus vulnérables (Stamp & Bowers, 1988).

Cette préférence est particulièrement intéressante pour l’agriculture, car ces stades correspondent souvent au moment où les ravageurs commencent à provoquer des dégâts sur les feuilles ou les fruits.

Une double action : prédation et perturbation des ravageurs

L’intérêt des Polistes ne se limite pas à la prédation directe. Les travaux expérimentaux de Stamp et Bowers (1988) ont montré que la simple présence de ces guêpes modifie fortement le comportement des chenilles. Face aux attaques répétées, celles-ci adoptent des stratégies d’évitement : elles se laissent tomber au sol ou se déplacent vers des zones plus ombragées de la plante.

Ces changements de comportement ont plusieurs conséquences :

  • les chenilles quittent les zones les plus nutritives de la plante ;
  • leur croissance ralentit ;
  • leur développement est prolongé, ce qui les rend plus vulnérables aux maladies et aux parasitoïdes.

Dans leurs expériences, les chenilles exposées aux guêpes présentaient une réduction de croissance pouvant atteindre 29 % par rapport aux individus protégés (Stamp & Bowers, 1988). Ainsi, l’action des Polistes combine mortalité directe et effets indirects comportementaux, ce qui renforce leur efficacité globale.

Des effets positifs sur la santé des plantes

Les interactions entre plantes, herbivores et prédateurs peuvent générer des cascades trophiques. Dans une étude expérimentale, la présence de Polistes dominula sur des plantes attaquées par des chenilles a permis d’augmenter fortement la production florale et la vigueur des plantes (Howse, 2012). La réduction de l’herbivorie améliore la photosynthèse et permet aux plantes de consacrer davantage d’énergie à leur croissance et à leur reproduction.

Dans les cultures pérennes comme la vigne ou les vergers fruitiers, cet effet pourrait contribuer à maintenir la vigueur végétative et la qualité des récoltes.

Un potentiel mesurable de régulation des ravageurs

La quantité totale de proies capturées par les colonies peut être importante. Une étude menée en Nouvelle-Zélande estime que les guêpes Polistes peuvent prélever entre 30 et 957 g de biomasse d’insectes par hectare et par saison, selon la densité des nids présents dans l’environnement (Clapperton, 1999).

En extrapolant ces données aux cultures fruitières, les chercheurs estiment qu’une densité de 30 à 50 nids par hectare pourrait correspondre à la capture de plusieurs centaines à plus d’un millier de chenilles par saison. Cette prédation pourrait contribuer à réduire les populations de ravageurs de 10 à 25 %, en complément d’autres méthodes de lutte biologique.

Cependant, ces estimations reposent principalement sur des études menées dans d’autres contextes agricoles. Des recherches spécifiques restent nécessaires pour mesurer précisément l’impact des Polistes dans les vignobles et les vergers européens.

Favoriser les Polistes dans les agroécosystèmes

Pour être efficaces, ces auxiliaires doivent disposer de ressources adaptées. Les adultes se nourrissent principalement de nectar et de sucres, une ressource retrouvée chez plus de 80 % des individus analysés en fin de saison (Clapperton, 1999). La présence de bandes fleuries, d’enherbements et de haies mellifères est donc essentielle pour maintenir leurs populations.

Les Polistes ont également besoin de sites de nidification protégés : cavités, bâtiments agricoles, branches ou structures artificielles. Tolérer la présence de leurs nids dans les zones peu fréquentées peut ainsi favoriser leur installation.

Des auxiliaires prometteurs mais encore peu étudiés

Les connaissances scientifiques actuelles indiquent clairement que les Polistes sont d’importants prédateurs de chenilles et qu’ils peuvent contribuer à la régulation naturelle des ravageurs agricoles. Leur action combine prédation directe et perturbation comportementale des herbivores, avec des effets positifs sur la santé des plantes.

Toutefois, la plupart des études disponibles ont été réalisées hors d’Europe ou sur d’autres cultures. Des travaux complémentaires sont donc nécessaires pour évaluer précisément leur rôle dans les vergers et les vignobles. Malgré ces limites, les Polistes apparaissent comme des auxiliaires prometteurs à intégrer dans les stratégies de lutte biologique et d’agroécologie.

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Références

Audibert, C. (s.d.). Notes sur les Vespidae (2ème partie) : la biologie et la détermination des Polistes. Bulletin du Club Rosalia, 17, 25-27.

Clapperton, B. K. (1999). Abundance of wasps and prey consumption of paper wasps (Hymenoptera: Vespidae: Polistinae) in Northland, New Zealand. New Zealand Journal of Ecology, 23(1), 11-19.

Dvořák, L., & Roberts, S. P. M. (2006). Key to the paper wasps of Central Europe (Hymenoptera: Vespidae, Polistinae). Acta Entomologica Musei Nationalis Pragae, 46, 221-244.

Howse, M. W. F. (s.d.). Impacts of an invasive paper wasp on monarch butterflies and their host plant. Unpublished thesis, Victoria University of Wellington, New Zealand.

Schmid-Egger, C., Straka, J., Ljubomirov, T., Blagoev, G. A., Morinière, J., & Schmidt, S. (2017). DNA barcoding reveals hidden diversity of Polistes species in the Mediterranean (Hymenoptera, Vespidae). ZooKeys, 713, 53-112.

Stamp, N. E., & Bowers, M. D. (1988). Direct and indirect effects of predatory wasps (Polistes sp.: Vespidae) on gregarious caterpillars (Hemileuca lucina: Saturniidae). Oecologia, 75, 619-624.

Brock, R. E., Cini, A., & Sumner, S. (2021). Ecosystem services provided by aculeate wasps. Biological Reviews, 96, 1645-1675.

Guêpes polistes

Photo de couverture : Joseph Wiley et photo ci-dessus : Håkon Grimstad sur Unsplash